Remplacer le chauffage d’un plex d’avant 1990 : l’amiante à vérifier avant d’ouvrir les murs

Un propriétaire de duplex ou de triplex dans Rosemont, Villeray ou Verdun reçoit trois soumissions pour remplacer la vieille chaudière à eau chaude. Chacune détaille le prix de l’appareil neuf, des radiateurs ou de la thermopompe. Aucune ne mentionne ce qui entoure l’ancien système : l’enveloppe isolante des tuyaux, les joints, le plâtre qu’il faudra percer pour passer de nouveaux conduits.

Ce que le chantier ouvre dans un plex d’avant 1990

Retirer une fournaise, des plinthes ou une chaudière revient à ouvrir des matériaux que personne n’a regardés depuis des décennies. Dans un bâtiment montréalais de cette époque, plusieurs matériaux peuvent contenir de l’amiante : les calorifuges qui enrobent les conduites, les isolants de chaudière et de conduits de ventilation, le plâtre et les finis texturés, les composés à joints, certains tuyaux en fibrociment et les tuiles de plancher en vinyle. L’isolant à la vermiculite, souvent logé dans un entretoit ou une cavité de mur, figure sur la même liste que celle de la CNESST.

La CNESST fournit des repères de dates précis. Les panneaux de gypse et les composés à joints fabriqués en Amérique du Nord depuis le 1er janvier 1980 n’en contiennent plus, de même que les flocages installés depuis le 15 février 1990. Pour les calorifuges, la limite est le 20 mai 1999. Un calorifuge posé en 1995 peut donc encore en contenir, même dans un immeuble construit après 1990.

Salle mécanique avec tuyauterie de chauffage isolée et pompes
Tuyauterie isolée dans une salle mécanique : l’enrobage des conduites fait partie des matériaux à vérifier. Photo : Carol M. Highsmith, domaine public (rawpixel)

Faire analyser avant de signer

Un matériau est considéré comme contenant de l’amiante à partir d’une concentration de 0,1%, et la CNESST demande de présumer que tout matériau susceptible d’en contenir en contient, sauf démonstration contraire. La démonstration passe par le prélèvement d’échantillons de chaque matériau et par leur analyse en laboratoire, avec un résultat distinct pour chaque matériau. Chez Benjel, le test amiante Montréal se déroule en trois temps : prise de rendez-vous, visite d’un expert qui inspecte les lieux et prélève les échantillons, puis rapport rédigé après l’analyse en laboratoire.

Le laboratoire indique qu’il utilise les méthodes reconnues au Québec par l’IRSST, soit la microscopie optique à lumière polarisée et la microscopie électronique en transmission pour les échantillons de matériaux en vrac, ainsi que la microscopie à contraste de phase et la microscopie électronique en transmission pour l’air. Le choix dépend du matériau et de la situation.

Le moment de l’analyse est aussi important que la méthode choisie. Un résultat connu avant la signature du contrat permet de comparer des soumissions qui incluent toutes le même travail. Un résultat positif découvert au milieu du chantier arrête les travaux, change la méthode de travail et fait grimper la facture.

Les points à cocher avant l’arrivée des ouvriers

  • L’année de construction du bâtiment et les dates des rénovations antérieures touchant le chauffage.
  • La liste des matériaux qui seront coupés, percés ou arrachés au cours du projet : isolant de tuyaux, plâtre, joints, revêtements de plancher.
  • L’état de ces matériaux susceptibles de contenir de l’amiante, car un calorifuge effrité ou un plâtre abîmé libère plus facilement des fibres qu’un matériau intact.
  • Le nom de la personne qui prélèvera les échantillons et du laboratoire qui les analysera.

Les obligations de l’entrepreneur

Au Québec, la protection des travailleurs repose sur le Règlement sur la santé et la sécurité du travail et sur le Code de sécurité pour les travaux de construction. L’article 3.23.3 du Code oblige l’employeur à déterminer les types d’amiante présents dans les matériaux avant d’entreprendre des travaux susceptibles d’émettre de la poussière d’amiante. Selon la CNESST, l’exposition aux poussières d’amiante fait partie de ses cibles de tolérance zéro : en cas de manquement, elle arrête les travaux et les contrevenants s’exposent à des poursuites pénales. La page de la CNESST sur l’amiante détaille les mesures exigées selon le niveau de risque : mouillage des matériaux, confinement, vêtements de protection et appareil de protection respiratoire.

Pour un propriétaire, cela se traduit par une demande simple à adresser aux entrepreneurs, titulaires d’une licence de la Régie du bâtiment du Québec : préciser par écrit comment la présence d’amiante sera vérifiée et à quelle étape du projet cette vérification aura lieu. Une réponse vague constitue un signal d’alarme lors de la comparaison des offres.

Matériau intact, matériau perturbé

Un matériau contenant de l’amiante qui reste en bon état et n’est pas touché ne présente pas de danger important, rappelle l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction. Le danger apparaît quand le matériau est coupé, poncé ou brisé, ce qui arrive justement lors d’un remplacement de système de chauffage. Un vieux calorifuge laissé en place ne demande pas d’intervention immédiate. Ce qui se trouve derrière le mur doit en revanche être connu avant qu’une scie ou un marteau n’y touchent.

Remplacer le chauffage reste un projet pertinent, qu’il s’agisse d’une thermopompe, d’une chaudière à haut rendement ou de plinthes modernes. La vérification préalable ajoute quelques jours au calendrier et évite un arrêt de chantier au moment où le logement est sans chauffage, en plein mois de janvier.